La Dre Jill Bailey est médecin de famille spécialisée en santé mentale et en toxicomanie. Elle partage son temps entre le programme de médecine de la toxicomanie du Homewood Health Centre, l’animation de groupes de pleine conscience et l’enseignement. Passionnée par le bien-être des médecins et par les répercussions du cancer sur la santé mentale, elle dirige également le module portant sur le bien-être des médecins. En dehors de son travail et de l’éducation de ses quatre garçons, elle aime faire du vélo en peloton, de la musculation et des randonnées avec ses chiens.
Q: Sur quoi vous concentrez-vous actuellement sur le plan professionnel?
J’ai terminé ma résidence en 2008 et j’ai d’abord exercé la médecine familiale rurale dans toute son étendue. Depuis trois ans, je travaille au Homewood Health Centre de Guelph, où je partage un poste dans le cadre du programme de médecine des dépendances pour patients hospitalisés. Il s’agit d’un programme de traitement de 42 jours, et je m’occupe d’une équipe les lundis et mardis. Comme je n’avais pas beaucoup d’expérience en médecine des dépendances au début, c’est une formidable occasion d’apprendre qui s’offrait à moi. C’est très différent de la médecine familiale : je peux passer du temps avec les patients sans avoir des rendez-vous toutes les 10 minutes. Je mets toujours à profit mes compétences en médecine familiale, parfois de manière inattendue, comme pour soigner une entorse de la cheville attribuable au pickleball ou pour traiter des troubles du sommeil.
Jusqu’à récemment, j’offrais des séances de psychothérapie en virtuel, mais j’ai cessé cette pratique pour enseigner à la nouvelle faculté de médecine de l’Université métropolitaine de Toronto (TMU) à Brampton. Je contribue à l’enseignement des compétences en santé mentale et en psychothérapie auprès des résidents en médecine familiale et je travaille avec des étudiants de premier cycle. Ce rôle est encore en évolution, mais je suis emballée par cette initiative.
Q: Comment avez-vous commencé à participer aux groupes du Programme d’apprentissage basé sur la pratique (PABP)?
Je fais partie du même petit groupe du PABP depuis ma deuxième année de résidence. Cette expérience s’est avérée extrêmement positive dans ma carrière: une rencontre mensuelle au sein d’un groupe bienveillant où nous avons non seulement travaillé sur les modules, mais également échangé sur des cas pratiques, partagé notre expertise par le mentorat et cultivé un esprit de collégialité. De nouveaux résidents se sont joints à nous au fil des ans, et cela est devenu à la fois un soutien social et éducatif.
Q: Quand avez-vous commencé à jouer un rôle plus professionnel au sein de la FÉMC?
C’est arrivé après le début de la pandémie de la COVID. J’ai écrit une lettre à la rédaction d’une organisation en réponse à un article qui simplifiait à outrance l’altruisme des médecins pendant cette période. J’ai souligné qu’il fallait également prendre soin de nous-mêmes pour pouvoir continuer à travailler. La Dre Liz Shaw, de la FÉMC, l’a lu par hasard, et nous nous sommes ensuite rencontrées lors d’une table ronde. Elle a aimé mon texte et m’a suggéré de devenir auteure de modules.
J’ai rédigé mon premier module en 2021 et j’en ai écrit un chaque année depuis. J’ai trouvé fascinant de découvrir le processus de rédaction très organisé et gratifiant de contribuer à quelque chose en dehors des soins directs aux patients.
Q: Expliquez-nous le programme de pleine conscience que vous avez développé pour la FÉMC.
La Dre Melissa Vyvey, de la FÉMC, m’a contactée par l’intermédiaire d’une connaissance commune pour me demander d’adapter mon programme « Mindfulness Skills for Busy Physicians » (Compétences en pleine conscience pour les médecins très occupés) en une formation continue. Nous l’avons testé au printemps dernier avec deux groupes, qui réunissaient beaucoup de participants, et nous en organisons deux autres à l’automne, qui sont déjà presque complets. Les participants sont des médecins en début de carrière ou expérimentés, venus de partout au Canada.
Le programme combine la pratique de la méditation, des discussions guidées et l’exploration hebdomadaire de thèmes spécifiques. Il est conçu de façon à être accessible : une heure par semaine pendant 12 semaines, avec une courte pratique facultative à domicile. Les programmes traditionnels de pleine conscience durent souvent 2,5 heures par semaine et comportent de nombreux devoirs, ce qui n’est pas réaliste pour des médecins très occupés.
La pleine conscience aide les médecins à faire une pause, à prendre conscience de ce qu’ils vivent à l’intérieur d’eux et à réagir efficacement, qu’il s’agisse de se fixer des limites ou d’apprécier les moments importants avec leurs patients. J’ai constaté que cela m’aidait à rester en contact avec les raisons qui m’ont poussé à me lancer dans la médecine.
Q: La pleine conscience est-elle plus présente dans la formation des résidents aujourd’hui que lorsque vous étiez résidente?
Oui et non. On y accorde plus d’importance aujourd’hui, mais il y a encore des lacunes. Lorsque je faisais ma résidence entre 2005 et 2008, il n’était pratiquement jamais question de prendre soin de soi ou de pleine conscience. À l’époque, la culture était de foncer tête baissée : le sommeil, les repas et le bien-être personnel passaient après le travail. Certains précepteurs plaisantaient même en disant que si vous n’étiez de garde qu’une nuit sur deux, vous manquiez la moitié des cas intéressants.
Aujourd’hui, on parle davantage de bien-être, en partie à cause de la pandémie. Cependant, cela peut parfois être utilisé comme une « arme » à double tranchant, par exemple : « Vous avez suivi le séminaire sur la résilience, alors pourquoi demandez-vous un congé ? » À la TMU, mon collègue rappelle aux résidents que le bien-être fait partie du professionnalisme : il est essentiel d’être en bonne santé pour s’occuper efficacement des patients.
Q: Quels sont vos espoirs pour l’avenir de la médecine familiale au Canada?
Nous devons reconnaître que les initiatives visant à améliorer le bien-être des médecins ont leurs limites en l’absence de changements systémiques. Au cours de mes années de médecine familiale, j’ai constaté une explosion des formalités administratives et l’importance excessive accordée à la responsabilité des médecins de suivre chaque résultat d’examen qu’ils ont demandé.
En Ontario, par exemple, les médecins de famille perdent des revenus si leur patient consulte un autre médecin de famille, même si le patient en question a été dirigé vers un service spécialisé comme la gestion de la douleur chronique. Nous avons besoin d’un système de santé qui aide les médecins à se concentrer sur le travail qu’ils aiment et qu’ils savent faire, sans les pénaliser s’ils ne font pas tout ou s’ils ne se sentent pas obligés d’être disponibles en permanence.
Les programmes de bien-être sont utiles, mais le système doit également s’adapter pour retenir et motiver les médecins de famille. L’objectif devrait être de créer un environnement dans lequel les nouveaux médecins ne s’épuisent pas prématurément et ne perdent pas le plaisir qu’ils éprouvent à travailler.
Je suis vraiment reconnaissante à la FÉMC d’avoir lancé le projet pilote, permettant ainsi aux médecins membres de suivre la formation. La crédibilité de la FÉMC a contribué à ce que mon programme de pleine conscience affiche rapidement complet, et je lui suis reconnaissante d’avoir accepté d’élargir son offre pour inclure des initiatives en matière de bien-être.