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Se constituer une communauté dans les premières années d’exercice de la profession : entrevue avec la Dre Melinda Caputo

Dr. Melinda Caputo

La Dre Melinda Caputo est une médecin de famille qui en est à ses cinq premières années d’exercice. Elle est originaire d’Ottawa et maintenant établie à Toronto. Elle a obtenu un diplôme de premier cycle en sciences de la santé à l’Université Carleton avant de s’installer à Toronto pour étudier la médecine à l’Université de Toronto. Après sa résidence, elle a exercé en tant que médecin suppléante dans différents milieux de pratique avant d’intégrer Magenta Health. Elle exerce également à la clinique de santé des étudiants de l’Université métropolitaine de Toronto et en qualité d’assistante en chirurgie. Elle est actuellement membre du conseil d’administration de la FÉMC et membre du comité consultatif des résidents.

Q. : Comment s’est passée la transition entre la résidence et la pratique autonome?

Ç’a été une période très intéressante. C’est un mélange de difficultés et d’enthousiasme, qui s’accompagne d’une progression importante, tant sur le plan personnel que professionnel. La résidence, c’est un milieu très structuré. On sait à peu près à quoi s’en tenir; il y a des superviseurs, toujours quelqu’un pour vous guider. Et tout d’un coup, ça disparaît et vous avez une multitude de choix à faire.

Cette liberté est formidable, mais elle peut aussi être un peu écrasante. Vous devez déterminer quel type d’activité vous semble important, quel type d’environnement vous convient et quel rythme est le plus adapté à votre vie. J’ai passé beaucoup de temps à essayer différents cadres de pratique, à me demander si je préférais une petite équipe ou un groupe plus étoffé, un milieu urbain ou une petite localité, et ainsi de suite.

Et puis, en dehors de ça, il y a tellement de possibilités dans le domaine de la médecine familiale. J’ai fait de la suppléance, j’ai travaillé en Alberta, j’ai prodigué des soins de santé aux étudiants et j’ai été assistante en chirurgie. Les possibilités sont nombreuses, ce qui est stimulant, mais ça signifie aussi qu’il faut constamment se demander ce à quoi on veut vraiment se consacrer.

Je suis encore en train de définir mes limites, et je dis probablement oui un peu trop souvent, mais c’est normal. On essaie de concilier la nécessité de prendre soin de soi et le désir de progresser.

Sur le plan clinique, on a également l’impression qu’on est désormais censé tout savoir, d’un coup. Mais on se rend vite compte que ce n’est pas le cas. Les situations nouvelles et les défis à relever ne manquent jamais. Ce qui m’a aidé, c’est de trouver des communautés de soutien, de commencer dans un endroit familier, de rester en contact avec des collègues et d’être dans des environnements où il est permis de poser des questions.

Q. : Qu’est-ce qui vous a attirée vers la médecine familiale?

Je pense que ça peut vraiment se résumer au côté humain. La médecine familiale touche à tant d’aspects de la vie des gens. On s’occupe de tout : relations, maladies chroniques, santé mentale, soins aux nouveau-nés et aux personnes âgées. On touche à tous les domaines.

J’aime avoir la possibilité de connaître les patients au fil du temps, de comprendre leur histoire et de les aider à différents stades de leur vie. Cette continuité est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. On est souvent le premier point de contact des patients et on les oriente dans le système.

C’est un véritable défi. Il y a des moments difficiles, et il faut pouvoir compter sur les collègues et les systèmes de soutien. Mais c’est aussi ce qui donne tout son sens à ce travail.

J’aime aussi la variété. Je ne me suis jamais intéressée exclusivement à un domaine particulier. J’aime apprendre sur un peu tous les sujets et être en mesure de diriger les gens vers les soins adéquats lorsqu’ils en ont besoin.

Alors oui, c’est beaucoup, et il y a des moments d’incertitude, mais dans l’ensemble, je sais que ce métier est fait pour moi.

Q. : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce que les modules de la FÉMC vous ont apporté, depuis le début de votre résidence jusqu’à maintenant?

C’est pendant ma résidence que j’ai découvert ces modules. Je crois que cette première expérience m’a rendue plus encline à continuer par la suite. Les modules m’ont semblé vraiment pratiques. Le contenu est accessible, il n’est pas trop dense et il porte sur ce dont j’ai réellement besoin au quotidien.

Comparativement à d’autres ressources, qui peuvent aller très en profondeur dans les études et les cas exceptionnels, celle-ci semble plus terre à terre. Pendant ma résidence, je m’en suis même servie pour préparer les examens, parce que ça m’aidait à faire ressortir les points clés d’une manière claire.

Après la résidence, j’ai fini par former un groupe avec des amis de mon programme, et c’était génial. C’est un espace d’apprentissage, mais aussi de socialisation. Nous pouvons parler de ce que nous vivons tous, ce qui est très utile.

Puis je me suis jointe à un autre groupe dans mon lieu de travail actuel. C’est une expérience différente, car il y a plus de médecins expérimentés dans ce groupe. Les cas qu’ils traitent et leurs opinions m’ont beaucoup enrichie, mais j’ai aussi été rassurée de voir qu’eux non plus n’ont pas fini d’apprendre.

Les choses ont donc un peu changé pour moi. Au départ, c’était surtout un outil d’apprentissage, mais aujourd’hui, il s’agit aussi de former une communauté, de garder le sens des responsabilités et de veiller à continuer d’apprendre même lorsque je suis très occupée.

Dr. Melinda Caputo

Q. : Il semble que ces séances en petits groupes soient plus qu’un simple moyen d’apprentissage. Y a-t-il aussi une composante de santé mentale?

Absolument. Il y a l’aspect connaissances, mais il y a aussi l’aspect bien-être. Dans la pratique, on a souvent l’impression qu’il faut avoir les réponses, et la plupart du temps c’est le cas, mais il y a toujours des situations plus complexes.

Il est très important de disposer d’un espace où l’on peut prendre du recul et dire : c’était difficile, ou je ne suis pas certaine d’avoir bien géré la situation. Il ne s’agit pas d’être jugé, mais d’apprendre ensemble.

Ça permet également de normaliser les choses. On se rend compte que d’autres personnes sont confrontées à des problèmes du même ordre, ce qui permet de relâcher un peu la pression Il ne s’agit pas tant d’être parfait que de continuer à progresser.

Q. : Vous avez également assumé un rôle plus officiel au sein de la FÉMC en tant que membre du conseil d’administration et d’un comité. Comment avez-vous vécu cette expérience?

Les choses se sont faites tout naturellement. J’ai eu des mentors qui m’ont encouragé à saisir des occasions comme celle-ci, et cela a beaucoup compté. Pendant ma résidence, j’étais résidente en chef, j’avais donc déjà envie de soutenir les autres et de me rendre utile.

Lorsqu’il a été question de siéger au conseil d’administration de la FÉMC et de faire partie du nouveau comité consultatif des résidents, j’ai pensé que c’était une expérience à tenter. Siéger au conseil d’administration a été très instructif. Je ne me rendais pas compte de tout ce qui se passe en coulisses ni du nombre de personnes investies au sein de la FÉMC.

Ce que j’apprécie, c’est que la FÉMC s’intéresse aux personnes en début de carrière. La période de transition qui suit la résidence peut être vécue comme un isolement, et je pense qu’il y a un réel besoin de créer des liens. J’ai donc été ravie de présenter ce point de vue et de débattre des moyens de mieux soutenir les médecins en début de carrière.

Et honnêtement, c’est un groupe très accueillant. J’apprends beaucoup de choses et je suis heureuse d’en faire partie.

Q. : Aimeriez-vous ajouter quelque chose?

Je dirais que je suis tout simplement très enthousiasmée par le programme dans son ensemble. Je l’ai trouvé vraiment utile et je pense qu’il a beaucoup à apporter, notamment aux personnes en début de carrière.

Nous voyons tellement de patients tous les jours et nous sommes constamment en train d’assimiler de l’information. Il est facile de continuer sur sa lancée sans vraiment l’assimiler. Le fait de disposer d’un espace où l’on peut réfléchir, échanger et apprendre avec d’autres personnes change beaucoup de choses.

Ce sentiment de nouer des liens a son importance. Faire partie d’un groupe où l’on se sent à l’aise de poser des questions et de parler de ses expériences, ça aide, tout simplement. Si vous hésitez, je vous dirais que ça vaut la peine d’essayer. Il y a beaucoup à gagner.

Dr. Melinda Caputo