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Entretien avec le Dr Alexandre Motard, médecin de famille à Montréal et auteur de modules de la FÉMC

Le Dr Alexandre Motard est médecin de famille à Montréal, au Québec; il est affilié à l’Université McGill. Diplômé de l’Université de Montréal et ayant effectué sa résidence à McGill, il a travaillé pendant 20 ans au même GMF multidisciplinaire, où il a dispensé des soins allant de la prénatalité à la gériatrie tout en formant de nouveaux médecins. Après avoir assumé les fonctions d’hospitaliste pendant 18 ans, il concilie aujourd’hui travail clinique, tâches de gestion et soins à domicile. Depuis 2011, il est également l’auteur de nombreux modules éducatifs pour le programme d’apprentissage basé sur la pratique en petits groupes de la FÉMC.

Q: Comment vous êtes-vous impliqué dans le programme d’apprentissage en petits groupes basé sur la pratique (PABP)?

J’ai d’abord joint le programme en 2005 en tant que membre d’un petit groupe. À l’époque, un collègue m’avait invité à participer à des réunions mensuelles au CLSC. Le format m’a plu : nous discutions de questions médicales d’une manière qui reliait directement la formation médicale continue (FMC)aux réalités de notre pratique locale.

Bien que les modules soient utilisés partout au Canada, les discussions de groupe tiennent compte du contexte local : à qui s’adresser, comment accéder à certains services et quelles ressources sont disponibles au Québec. Cette combinaison d’apprentissage fondé sur des données probantes et sur la résolution pratique de problèmes m’a motivé à rester engagé, et encore aujourd’hui, je participe aux activités du même groupe.

Q: Comment êtes-vous passé de participant à auteur?

À un moment donné, on cherchait des auteurs provenant de différentes provinces afin d’assurer une large représentation dans le programme. J’ai été contacté, probablement par l’intermédiaire du département, et invité à coécrire un module avec un auteur plus expérimenté. Cette première expérience s’est bien déroulée, et depuis je produis généralement un module par an. J’en suis maintenant à mon quatorzième.

Q: Pour ceux qui ne le savent pas, en quoi consiste la rédaction d’un module du PABP?

L’exercice est plus collaboratif qu’on pense. Il ne s’agit pas de s’asseoir à son bureau et de rédiger le document à partir de rien.  Le processus commence par un sondage visant à identifier les sujets d’intérêt et les lacunes dans les connaissances des médecins de famille et des infirmières praticiennes. Une fois les sujets choisis, les auteurs en sélectionnent un qui correspond à leur expérience clinique.

À partir de là, je travaille en étroite collaboration avec un rédacteur médical et un éditeur. Nous commençons par un cas clinique, souvent inspiré de patients réels (dont les détails sont modifiés pour des raisons de confidentialité), et nous définissons les objectifs d’apprentissage. Nous peaufinons ensuite le cas, en discutons lors d’une table ronde et intégrons les données issues des lignes directrices et des articles de recherche clés.

Le processus de rédaction et de révision est cyclique. Il faut généralement compter environ deux mois entre la première réunion et la première ébauche, mais entre le début de la première version et la version finale, c’est plutôt neuf mois, voire un an, qu’il faut compter. En tant qu’auteur, mon rôle est de m’assurer que le module reste pertinent sur le plan clinique, et qu’il soit pratique et adapté à la pratique réelle.

Q: Qu’est-ce qui vous motive à travailler sur un module?

C’est beaucoup plus facile et agréable lorsque le sujet est un domaine que je traite régulièrement dans ma propre pratique. Par exemple, je suis en train de finaliser un module sur la MPOC, une maladie que je vois souvent en clinique. Il y a quelques années, j’ai travaillé sur un module consacré aux commotions cérébrales, qui m’a particulièrement intéressé car mes enfants pratiquent des sports à haut risque comme le rugby, le football et le ski de bosses.

Le choix de sujets basés sur l’expérience personnelle permet de garder le contenu pertinent et rend le travail plus gratifiant.

Q: Après tant d’années, qu’est-ce qui vous garde motivé?

J’apprécie à la fois l’apprentissage clinique et les échanges entre collègues. La rédaction de modules me permet non seulement d’approfondir mes propres connaissances, mais aussi de contribuer à l’amélioration des soins primaires dans tout le pays. Et le fait de participer à la fois à la rédaction des modules et aux discussions en petits groupes me permet de voir comment l’apprentissage se concrétise dans la pratique. Il est gratifiant de savoir que ce travail a un impact tangible.